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Troubles alimentaires généralités   [lire la version anglaise]
  Dr Paule Nathan
La danse est un des sports les plus exigeants pour la contrainte du poids. En effet, si le sport en général nécessite une certaine performance et une certaine technique d'exécution, la danse a une place à part. C'est une activité artistique qui a une priorité esthétique très particulière: la projection d'une certaine image de l'homme et de la femme avec la vénération de la minceur. Elle impose surtout à la jeune danseuse de se maintenir à un poids souvent en dessous de son poids physiologique. Ce "principe d'archimaigre" entraîne trop souvent des pathologies somatiques et des blessures narcissiques importantes et durables. Les jeunes danseuses, enfants ou adolescents doivent mener de front les études chorégraphiques et scolaires. Elles ont des horaires comprimés et irréguliers qui déstabilisent le temps du repas. Le temps de sommeil est insuffisant.

Les troubles du comportement alimentaire
Les restrictions alimentaires s'exercent à l'adolescence qui est l'âge de l'appétit et des appétits. Le moment où le comportement alimentaire sert de soupape aux tensions intérieures et aux conflits avec le monde des adultes. Le paradoxe peut être très fort entre les compulsions alimentaires qui sont l'expression de cette intériorité et la nécessité du paraître que leur impose la danse. L’image doit être conforme. Ainsi la fragilité intérieure a tendance à augmenter.

Le principe d’archimaigre
Les danseuses sont soumises au maintien d'un poids requis voir exigé, inférieur bien souvent à leur poids physiologique. Pour maintenir cet état de maigreur, il leur faut conserver des ingestats caloriques inférieurs aux besoins, alors qu'elles ont des besoins énergétiques accrus du fait du développement corporel lié à l'adolescence, augmenté des besoins liés à la pratique de la danse d'une manière intensive..

Cet état de maigreur chronique retentit sur la santé avec:

- ralentissement de la courbe de croissance et taille définitive qui risque d'être insuffisante
- troubles des règles. La puberté débute plus tardivement. Y succède le plus souvent une aménorrhée secondaire. Souvent les règles ne surviennent que pendant les vacances! La carence en oestrogènes peut induire une déminéralisation osseuse à l'origine de fractures de fatigue.
- asthénie, vertiges, hypotension orthostatique
- mauvaise qualité de la fibre musculaire par carence protidique
- fragilité tendino-musculaire par hypohydratation
- anémies nutritionnelles et carences vitaminiques surtout du groupe B
- fractures de fatigue, tendance à l'ostéoporose. Il faut rappeler que la masse osseuse accumulée pendant l'adolescence et les premières années de la vie adulte est un des déterminants les plus importants pour prévenir l'ostéoporose ménopausique. L'activité physique intense de la jeune danseuse la protège en partie.
-l'anorexie mentale qui nous semble être la conséquence la plus dramatique


Il est donc évident que garder un corps mince ou amaigri dans cette discipline va nécessiter un apport alimentaire restreint bien en dessous de celui réclamé pour un athlète d'endurance et même en dessous des normes d'un sujet témoin du même âge. Les rations caloriques sont très hypocaloriques pour l'âge ( en moyenne 1000 à 1500 Calories par jour, avec des extrêmes inférieurs à 560 Calories/jour). L'apport lipidique est trop important en acides gras saturés, mais trop faible en acides gras polyinsaturés. La consommation glucidique est inférieur aux A.N.C et représente moins de 40% des apports quotidiens, au lieu de 50% des apports énergétiques quotidiens recommandés. Dans les différentes études, qualitativement les apports protidiques semblent corrects à plus de 16% de l'A.E.T.Q. Mais si on rapporte l'apport protéiné en gramme par kilo de poids, on note que celui-ci est inférieur aux recommandations, ce qui peut expliquer les pathologies osseuses et musculaires, plus fréquemment observées chez les danseuses.
Ces valeurs sont variables pour la même danseuse d’un jour a l'autre puisqu’on a pu observer que des rations très hypocaloriques les jours de danse pouvaient être compensées par un apport normal calorique lors des jours de repos. Mais de toute façon ces rations restent très en deçà des apports recommandés. Ces enfants et adolescents sont à haut risque de dénutrition et de malnutrition.

L'indice de staturo-pondéral calculé par le rapport de Quételet (poids sur taille au carré), donne une corpulence moyenne de 18 pour les danseuses. L'épaisseur des plis cutanés montre un pourcentage de tissus adipeux de 16% pour les danseuses ce qui est faible puisqu’on compte qu'il est de 20 à 25% dans la population féminine pubère. En fait, il n'y a pas de critère absolu qui donnent des valeurs de poids et de taille. La sélection se fait surtout sur le morphotype.

Les troubles du comportement alimentaires sont fréquents
Bien souvent un régime restrictif a été fait pour être admis à l'entrée des écoles de danse. Mais le poids obtenu est difficilement maîtrisable au cours de l'année et il se développe au cours de l'année scolaire des épisodes de boulimie, moins souvent d'anorexie. Les troubles du comportement alimentaires sont plus fréquents que dans la population des non-danseurss, ils peuvent révéler une tendance anorexique. LES études de groupes présentant des troubles du comportement alimentaire montre que les enfants ou adolescents anciennement danseurs
sont prépondérants. La majorité de ceux ci ont dû renoncer à la danse contre leur gré, alors que leur investissement était très fort. Les troubles surviennent en moyenne dans les cinq années après l'arrêt de la danse. Ils sont certainement liés à une fragilisation affective du fait de la rupture de l'activité qui se déroule toujours dans un contexte négatif.
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