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Relation entre scoliose, fracture de stress et l’aménorrhée   [lire la version anglaise]
  Sandra Dallenne
Relation entre scoliose, fracture de stress et l’aménorrhée

Shade (1983) observa que les filles qui exercaient une activité physique intensive avant leur puberté par rapport à un groupe contrôle inactif, présentaient des retards de règles. L’âge d’apparition de la ménarche dans l’étude de Lewis et al. (1997) oscillait entre 11 ans et 22 ans avec un âge moyen de 13.4 ans. Le mécanisme de ce retard est inconnu mais un poids et un pourcentage de graisse trop bas associés au stress joueraient un rôle important.
D’après Shade (1983), le développement pubertaire se produit essentiellement pendant les périodes d’inactivités. L’auteur remarqua que l’âge moyen de la ménarche était généralement de 13.7 ans chez des danseuses ayant commencé la danse avant leur puberté, et de 12.8 ans chez celles ayant commencé après et que chaque année d’entraînement effectuée avant la ménarche, retardait le début de celle-ci de cinq mois. Shade constata que le dysfonctionnement des règles est un problème fréquemment rencontré, il est de 5 à 20 % dans la population générale, et de 20 à 50% chez des athlètes de compétition. Ainsi, plus l’entraînement est rigoureux et intensif, plus le risque d’avoir ces dysfonctionnements est grand.
Shade (1983) observa que 1/3 des danseuses présentaient une aménorrhée primaire ou un retard de ménarche, 1/3 avaient des dysfonctionnements menstruels et 1/3 avaient des règles normales. Pour Lewis et al. (1997) 67 % des femmes étaient réglées chaque mois, 14% avaient des irrégularités, 10% étaient réglées tous les deux- trois mois, et 8% présentaient des aménorrhées allant de un à cinq ans.

Warren et al. (1986) ont étudié chez 75 danseuses professionnelles la fréquence d’apparition des scolioses et des fractures de stress en relation avec un retard de règles ou une aménorrhée secondaire. L’âge moyen de la population était de 24,3 ans. Les auteurs observèrent que les jeunes danseuses ayant un retard de règles présentaient de plus grands risques d’avoir des scolioses et des fractures (confirmé par Liederbach et al. 1997).
Ils observèrent aussi que 83 % des danseuses ayant une scoliose ont eu un retard de règles (début à 14 ans et plus). Ce groupe présentait également légèrement plus d’aménorrhée secondaire que le groupe sans scoliose.
Warren et al. constatèrent aussi que la fréquence d’apparition des fractures était de 61%. De ces fractures, 65% étaient des fractures de stress (le plus souvent aux métatarsiens) et leur survenue présentait une forte corrélation avec l’augmentation de l’âge d’apparition des règles.

L’aménorrhée secondaire, ainsi que sa durée, étaient deux fois plus élevé chez les danseuses ayant eu une fracture de stress.
Les retards de règles ainsi que les intervalles prolongés d’aménorrhée, révèlent un taux d’œstrogène trop bas, ce qui contribue à l’ostéopénie et peut donc prédisposer les danseuses aux scolioses et aux fractures. Ceci est également soutenu par Calabrese et al. (1983), Hamilton et al. (1989) et Liederbach et al. (1997). Mais cette théorie séduisante ne satisfaisait pas Calabrese et al. car le même type de fracture se retrouvait également chez les sujets masculins.

Warren et al. (1986), Hamilton et al. (1989), Lewis et al. (1997) et Luke et al. (2000) expliquèrent qu’un hypooestrogénisme prolongé est reconnu comme étant une des complications d’un régime, d’une perte de poids, et d’un entraînement physique intense chez des jeunes filles. La danseuse présente donc tous les atouts requis !
L’hypooestrogénisme peut provoquer des retards dans le développement osseux ; comme par exemple les vertèbres, prédisposant les personnes aux instabilités et déviations vertébrales ; ou favoriser la croissance des os longs.
De plus, Warren et al. (1986) constatèrent que les danseuses présentant une scoliose étaient plus grandes que les autres, ce qui impliquerait un facteur héréditaire. La durée de la période de croissance, ainsi que la tonicité des muscles du rachis prédisposerait également aux scolioses.

Hamilton et al. (1992) observèrent que 50% des danseuses et 27% des danseurs présentaient des courbures scoliotiques. L’incidence dans la population, générale était de 2 à 4% (Liederbach et al .1997).
Lors de l’étude de Liederbach et al. (1997) portant sur 947 danseurs d’écoles et de compagnies, 8% de sujets (72 femmes, 12 hommes) avaient une scoliose. 23% de tous les sujets possédaient une différence de longueur des membres inférieurs, supérieure ou égale à un centimètre. 23% des danseurs scoliotiques et 17% de tous les danseurs mesurés ont rapporté des lombalgies chroniques et/ou récurrentes. 54% des filles scoliotiques et 35% de toutes les danseuses étudiées présentaient des histoires d’aménorrhée.
La différence de pourcentage entre l’étude de Hamilton et al. (1992) et Liederbach et al. (1997) réside dans la méthode de mesure et des critères d’exclusion des sujets scoliotiques, des non-scoliotiques.

En résumé, les perturbations du cycle menstruel sont assez fréquentes chez la danseuse.
Les auteurs conclurent que les scolioses et les fractures touchent les adolescents, et résultent d’une minéralisation inadéquate associée à un manque de stabilité squelettique pendant une phase de croissance rapide.
Ils constatèrent également que les contraintes régulières des exercices actifs ne suffisent pas à compenser la perte d’œstrogène ou les carences nutritionnelles, au stade critique.

Bibliographie :

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LEWIS R.L., DICKERSON J.W.T., DAVIES G.J.: Lifestyle and injuries of professional ballet dancers (reflections in retirement). Journal Royal Society of Health 1997: 117: 23-31.

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SHADE A.R.: Gynecologic and obstetric problems of the female dancer. Clinics in Sports Medicine 1983: 2: 515-523.

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