L'origine de l'anorexie des danseuses semble être le fait de plusieurs facteurs.
L'obligation de la minceur favorise évidement l'apparition de manifestations anorexiques. Elle est renforcée par d'autres facteurs:
-Le choix d'entrée dans une école de danse peut être en rapport avec des traits de personnalité qui ont été à l'origine de l'anorexie.
-Souvent la mère de la danseuse se réalise au travers de sa fille, il y a là aussi une tension émotionnelle forte avec dépendance affective. -L'hyperactivité physique liée à la pratique de la danse, le surinvestissement narcissique peut être lié à une compensation de troubles sous-jacents latents qui ne se révéleront qu'à l'arrêt de la danse ou lors des difficultés lors du cursus.
-Certains ont besoin de la discipline rigoureuse du ballet. Celle ci peut exercer une maîtrise de soi de fait. Elle peut être aussi bénéfique car faisant fonction de garde fou contre un amaigrissement trop important.
Dans le dictionnaire, l’anorexie est définie comme une perte ou une diminution de l’appétit. On a moins faim, par exemple quand on est malade ou anxieux, quand tout va mieux l’appétit revient.
L’anorexie mentale est très différente et beaucoup plus grave. On refuse de se nourrir, c’est le cerveau appuyé par une volonté de fer qui le veut. On développe un sentiment de toute puissance par rapport à son corps qui sans que l’on s’en rende compte aboutit à une destruction, à un corps squelettique. Les anorexiques ne se supportent pas autrement que très maigre, voire squelettique. Leur nombre a été multiplié par quatre depuis 50 ans. Elle survient le plus souvent à l’adolescence ou en pré-adolescence, 9 fois sur dix chez la fille et est rare chez les garçons.
C’est une maladie qu’il faut prendre très au sérieux. Si tu as l’impression de commencer une anorexie, parles-en vite à tes parents, un médecin, ton professeur, l’infirmière de l’école, car tu as besoin d’aide. Plus cette maladie est soignée tôt, plus on a des chances de guérir. Plus elle s’installe, plus elle pourra avoir des répercutions sur ta vie future.
C’est une maladie grave puisque seules 30 % guérissent et mènent une vie normale, 30 % sont améliorées, travaillent mais n’ont pas de vie affective et familiale par la suite, 30% traînent toute leur vie leur maladie, et 15 % décèdent dans les 15 ans.
Aussi fait bien attention aux signes suivants:
- avoir peur de devenir gros, obèse
- se sentir ou se voir gros même si on est normal ou maigre (c’est un trouble de l’image du corps, on ne se voit pas comme on est)
- boire beaucoup d’eau quand on a faim pour ne pas grossir
- ne plus avoir ses règles après un amaigrissement
- faire un régime trop dur, maigrir trop vite et au-delà du poids fixé
- perdre au moins le quart (25 % ) de son poids. Par exemple peser 45 kg au lieu de 60
- refuser de consommer du gras, des féculents, trier son assiette, enlever le gras des aliments. Ne vouloir manger que des légumes verts et des yaourts maigres.
- refuser de maintenir son poids au-dessus du poids minimum
- avoir peur de reprendre ne serait ce qu’un kilo. La peur de devenir obèse persiste malgré la perte de poids
- vouloir à tout prix perdre encore un ou deux kilos si on est trop maigre
Pourquoi devient-on anorexique?
On évoque un refus de la féminité. L’angoisse de la puberté et des conflits normaux à cet âge, font qu’elles " gomment " leur adolescence, leur corps n’a plus de forme ni de vie.
Leur détermination est renforcée par l’idéal de minceur ou de maigreur véhiculé par les magazines, les défilés de mode. Les mannequins anorexiques ne sont pas du tout jolis quand on les voit de près sur le podium, mais en photos elles montrent une image idéale. En Espagne, du fait de l’augmentation de fréquence de cette maladie, il a été décidé que les mannequins devraient porter des vêtements de taille 38 ou 40 au lieu de 34 ou 36.
L’anorexique prend souvent des laxatifs et se font vomir si elles mangent, pour ne rien garder dans leur corps. Elles ont une sorte d’angoisse à introduire et à garder quelque chose dans leur corps.
Très actives, elles trompent souvent leur entourage par leur trop grande activité. Par contre, elles ont du mal à exprimer leur angoisse, à résoudre les conflits, à devenir autonome par rapport à leur famille. Elles ont une trop grande dépendance affective, une relation trop fusionnelle. Elles ont du mal à vivre du fait des tensions non exprimées, changement du corps du fait de l’entrée dans l’adolescence, conflits avec les parents. C’est pourquoi il est nécessaire d’obtenir une séparation d’avec les parents. Ce n’est pas une attitude critique par rapport à la famille, mais cette séparation va permettre de mettre une distance et de pouvoir enfin exprimer ce que l’on ressent au fond de soi, à apprendre à avoir une meilleure image de soi et de son corps. Le suivi est psychothérapie est très important, il va permettre d’exprimer les angoisses, les peurs. On instaure un contrat de poids, un poids à obtenir dans un temps donné, car l’urgence est de revenir à un poids correct pour que l’anorexie ne s’installe pas. La guérison se traduit par une baisse des troubles du comportement alimentaire, une acceptation de la féminité marquée par le désir de retrouver ses règles.
C’est une maladie difficile à soigner car l’anorexique ne veut pas d’aide, sa détermination est forte. Son défi: maîtriser son corps au prix d’une détermination sans faille. Son plaisir, contrôler son corps, son alimentation. C’est une façon de contrôler aussi ses émotions, de ne rein exprimer. Si elle accepte de faire une psychothérapie, c’est gagné. A condition que les parents participent aussi dans cette voie vers la guérison.
SITE MEDICAL DE LA FONDATION RUDOLF NOUREEV - consacré à la Médecine de la Danse à destination des Danseurs et des Professionnels de santé.