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Biométrie : Flexibilité, Force musculaire, Torsion tibiale, Antéversion du col fémoral   [lire la version anglaise]
  Sandra Dallenne
Biométrie : Flexibilité, Force musculaire, Torsion tibiale, Antéversion du col fémoral

Flexibilité

Le sujet est relativement controversé.
Thiescé (1996) constata que pour le profane, la majoration des amplitudes articulaires est l’élément le plus spectaculaire de la danse.
Klemp (1997) expliqua que l’hypermobilité peut être générale ou localisée, génétiquement déterminée ou acquise. Elle est également influencée par l’âge, le sexe, l’appartenance ethnique et parfois certaines maladies.
Klemp et al. (1984) voulaient déterminer la fréquence d’apparition de l’hypermobilité chez les danseurs ainsi que leurs blessures sur une période de 10 ans. Ils ont comparé des danseurs et un groupe contrôle comprenant des infirmières, des étudiants en médecine et des médecins pour les critères suivants:
1. Flexion dorsale passive du cinquième doigt au-delà de 90°.
2. Evaluation passive des fléchisseurs de l’avant-bras par contact pouce - avant-bras.
3. Hyperextension des coudes au-delà de 10°.
4. Hyperextension des genoux au-delà de 10°.
5. Flexion du tronc avec les genoux tendus, les mains à plat juste devant les orteils.
Il n'y a pas eu de différence significative entre le nombre de danseurs et le nombre de sujets témoins ayant réussi quatre épreuves ou plus.

Hamilton et al. (1992) ont calculé un indice de la souplesse musculo-squelettique des danseurs en fonction de certains critères passifs (hyper-extension du coude, rotation externe du membre supérieur, genou recurvatum). Ils ont également pris en compte l’aptitude à mettre les paumes de main au sol, à réaliser la position du lotus et la rotation externe du membre inférieur. Les deux groupes (hommes et femmes) présentaient des difficultés à effectuer la position du lotus.

Le résultat final a révélé cependant une différence significative en faveur des danseurs, cette différence s’explique par la flexion du tronc qui chez le danseur est acquise par l’entraînement et n’est donc pas d’origine congénitale (Klemp 1984). Hamilton et al. 1992 trouva pareils résultats mais observa en plus une augmentation de la souplesse pour les mouvements de rotation externe des membres, également acquise par l’entraînement. Klemp (1984), Hamilton et al. (1992), conclurent que les danseurs sont souples mais pas hypermobiles.

L’hypermobilité des autres articulations comme l’hyperextension des genoux, rendant difficiles certaines postures et le travail des pointes, n’est pas acquise et est généralement congénitale (Klemp 1984). Ce qui est important pour un danseur, c’est le contrôle de la flexibilité de la colonne, des hanches et des chevilles ; un bon placement de ces articulations et plus de force ; tout cela est obtenu par l’entraînement (Klemp 1991, Hamilton et al. 1992). Grahame (2001) observa que l’hypermobilité n’affecte pas nécessairement toutes les articulations du squelette.

L’étude de Klemp et al. (1984) a confirmé que les femmes étaient plus souples que les hommes. Par contre, Hamilton et al. (1992) n’ont pas observé de différence significative pour les tests de flexibilité entre les hommes et les femmes.

Selon Klemp (1989) (1997), Hamilton et al. (1992) et Grahame (2001) l’hypermobilité est un avantage dans la sélection des jeunes danseurs, où d’après Thiescé (1996) une grande mobilité de hanche (correspondant souvent à des hanches « dysplasiques ») et une laxité importante du pied sont recommandées ; mais cette hypermobilité n’est pas un facteur déterminant à la réussite d’une grande carrière professionnelle.
Klemp (1997) a également remarqué que le ballet et l’hypermobilité ont fait l’objet de controverses quant à l’avantage que cette dernière confère au danseur. Pour Grahame (2001) l’avantage d’être souple devient un inconvénient en fonction des articulations touchées et la nature de l’activité pratiquée.

En effet, Klemp (1997) a démontré que l’hypermobilité n’était pas un avantage même en tant que danseurs professionnels, et le risque de blessures était significativement plus élevé chez les sujets hypermobiles (soutenu par Liederbach 2000, Grahame 2001).
Hamilton et al. (1992) remarquèrent aussi qu’un excès de souplesse augmentait le taux de blessures chez les hommes.
Sammarco (1983), Grahame (2001) observèrent que les danseurs présentant plus de souplesse articulaire ont tendance à avoir moins de problèmes à l’âge adulte, même s’ils ont commencé la danse tardivement, pendant l’adolescence. Grahame (2001) a constaté que des sujets hypermobiles d’un certain âge présentaient moins d’arthropathies du genou et possédaient une densité minérale osseuse supérieure à des homologues moins mobiles.

Thiescé (1996) expliqua qu’une laxité articulaire est un handicap pour l’équilibre statique, mais une qualité pour l’amplitude des mouvements et vice versa pour la raideur articulaire.
Klemp (1989) a effectué une étude sur quatre années, visant à évaluer l’effet de l’entraînement sur la mobilité articulaire utilisant la méthode de Beigthon (Klemp 1984). L’auteur compara les scores de mobilité initiaux et ceux obtenus quatre ans après, il constata que les scores de mobilité restaient les mêmes pour 45,5 % des danseurs, augmentaient pour 45,5% et diminuaient pour 5% d’entre eux. Les sujets qui ont acquis la flexion du tronc pendant les quatre années, étaient significativement plus jeunes et leur période totale d’entraînement était significativement plus courte que ceux capables de réaliser ce mouvement quatre ans plus tôt.
Klemp démontra qu’aucun sujet n’était capable de ce mouvement après une ou deux années d’entraînement. Ainsi, la capacité de fléchir le tronc vers l’avant s’obtient entre 11 et 14 ans, ce qui correspond à cinq ou 8 années d’entraînement.

La force musculaire

Hamilton et al. (1992) remarquèrent un important déséquilibre entre la force des abducteurs (+18 et +21%) et celles des adducteurs (-25 et -24 %) de hanche chez le danseur et la danseuse comparé aux normes. Les danseurs augmenteraient la force des abducteurs par le temps passé en appui monopodal, avec l’autre membre placé dans diverses positions (ex : le développé seconde). Cette augmentation de force serait le résultat d’un travail isométrique.
Les muscles de la hanche et du genou étaient significativement plus forts du côté droit chez la femme. (Hamilton et al. 1992)
Albert et al. (1992) observèrent que les valeurs des moments de force maximaux obtenus par l’évaluation isocinétiques à 60° /sec des extenseurs du rachis étaient significativement supérieures à celles obtenues pour les fléchisseurs. L’auteur expliqua cette différence par les mouvements d’arabesque et les portés pour les hommes qui demandent respectivement une mobilité extrême et une force des extenseurs.

La torsion tibiale

Baillon et al. (1983) ont observé presque systématiquement une hypertorsion externe de la jambe (33°en moyenne) chez la danseuse professionnelle.
Pour les auteurs, l’importance de l’hypertorsion paraît être liée à la précocité et à l’intensité de la pratique de la danse. L’explication de ce phénomène est à mettre en relation d’une part avec l’augmentation de la rotation externe lors de la croissance et d’autre part de l’accentuation de la torsion au cours de l’entraînement.
De plus les auteurs constatèrent un morphotype particulier des membres inférieurs chez les danseuses professionnelles à des degrés divers, lorsque les pieds sont joints et parallèles, apparaît un genou recurvatum accompagné d’un strabisme des rotules. Lorsque les talons restent joints, la pointe des pieds diverge afin de corriger le strabisme, il y a une diminution du varum et du recurvatum.

L’antéversion du col fémoral

Selon Baillon (1983) l’antéversion du col est normale jusqu’à 15°, pathologique à partir de 20°.
Bauman (1994) s’est posé la question si les danseurs ayant un bon en-dehors possèdent des angles d’antéversion du col fémoral inférieurs à la normale. Ces angles ont été mesurés par imagerie. Les valeurs moyennes des angles obtenus (11.9°) ne se différenciaient pas de ceux de la population générale (11.4°) (confirmé par Hamilton et al. 1992). L’auteur conclut donc qu’aucun danseur de l’étude ne présentait une antéversion du col fémoral anormale, ni de grandes divergences gauche-droite.

Bibliographie :

ALBERT M., CALE M., GRODIN A., WOODRUFF L.: Isokinetic trunk muscle performance characteristics of classical ballet dancers. Journal of Orthopaedic and Sports Physical Therapy 1992: 15: 99-106.

BAILLON J.M.: Lésions articulaires et musculaires chez les danseurs. Acta Orthopaedica Belgica 1983: 49: 112-116.

BAUMANN P.A., SINGSON R., HAMILTON W.G.: Femoral neck anteversion in ballerinas. Clinical Orthopaedics and Related Research 1994: 302: 57-63.

GRAHAME R.: Is joint hypermobility in performing artists an asset or a liability?. IADMS 11th Annual Meeting, Madrid, Espagne, 2001.

HAMILTON W.G., HAMILTON L.H., MARSHALL P., MOLNAR M.: A profile of the musculoskeletal characteristics of elite professional ballet dancers. The American Journal of Sports Medicine 1992: 20: 267-273.

KLEMP P., LEARMONTH I.D.: Hypermobility and injuries in a professional ballet company. British Journal of Sports Medicine 1984: 18: 143-148.

KLEMP P., CHALTON D.: Articular mobility in ballet dancers, a follow-up study after four years. The American Journal of Sports Medicine 1989: 17: 72-75.

KLEMP P.: Hypermobility. Annals of the Rheumatic Diseases 1997: 56: 573-75.

LIEDERBACH M.: The role of fatigue in dance injuries. IADMS 10th Annual Meeting, Miami, Floride, U.S.A., 2000.

SAMMARCO G.J.: The dancer’s hip. Clinics in Sports Medicine 1983: 2: 485-498.

THIESCE A.: Le geste dansé et ses conséquences en rhumatologie. Ed. Laboratoires Ciba-Geigy 1996.
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